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Anxiété & épuisement

L'épuisement est-il toujours professionnel ?

Mots-clés
 

  • burn-out,

  • épuisement,

  • travail,

  • fatigue émotionnelle,

  • surcharge mentale,

  • souffrance au travail

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A propos de l'autrice

Psychologue clinicienne, psychothérapeute, j'accompagne les enfants, adolescents, adultes, et les couples en présentiel ou à distance et les institutions en formations, analyse de pratiques, supervisions.

Lorsque l'on parle d'épuisement, un mot revient immédiatement :
burn-out.
Nous imaginons alors un salarié débordé, une charge de travail excessive, des journées interminables, une hiérarchie exigeante ou un manque de reconnaissance.
Bien sûr, ces situations existent.
Mais en consultation, les choses apparaissent souvent plus complexes.
Car certaines personnes changent de travail sans retrouver leur énergie.
D'autres sont en arrêt de travail depuis plusieurs mois et restent pourtant profondément épuisées.
Comme si la fatigue ne provenait pas uniquement de leur activité professionnelle.

Quand le travail devient le coupable idéal
Le travail est visible.

  • Les horaires.

  • Les réunions.

  • Les objectifs.

  • Les tensions.

Il est donc naturel de penser qu'il constitue la cause principale de notre épuisement.
Pourtant, deux personnes exposées aux mêmes contraintes ne réagiront pas nécessairement de la même manière.
Pourquoi ?
Parce que le travail ne vient jamais rencontrer un terrain neutre.
Il s'inscrit dans une histoire personnelle.

Ce que le travail réveille parfois
Pour certains, travailler signifie :

  • être utile ;

  • être reconnu ;

  • avoir une place ;

  • être apprécié ;

  • mériter l'amour ou l'estime des autres.

L'enjeu dépasse alors largement la fiche de poste.
Une remarque anodine du supérieur hiérarchique peut réactiver une ancienne peur de décevoir.
Une erreur peut réveiller un sentiment d'insuffisance très ancien.
Une critique peut prendre une ampleur disproportionnée.
Le travail devient alors le lieu où se rejouent des conflits plus profonds.
Par exemple, une personne se plaint d'une hiérarchie qui ne la soutient jamais lorsqu'elle est attaquée par des collègues.
En analyse, apparaît une enfance où les agressions fraternelles n'étaient jamais contenues.
Les parents regardaient.
Minimisaient.
Laissaient faire.
Aujourd'hui, chaque absence de soutien du supérieur hiérarchique réactive inconsciemment :
"Personne ne me protège."
Le burn-out ne provient pas seulement de l'agression actuelle.
Il provient de l'accumulation de toutes les agressions anciennes que la situation réveille.
Pour chaque suivi sur épuisement professionnel, il convient de définir quelle est cette configuration sous-jacente. L’enfant parentifié qui rejoue inlassablement la tentative de sauvetage d’un parent dépressif ou addict, l’enfant adopté qui fait tout pour rester adoptable, réussir pour réparer l’histoire familiale, rejouer la quête de reconnaissance parentale, etc.

Les personnes les plus exposées sont souvent des collaborateurs parfaits
En consultation, les personnes les plus proches de l'épuisement ne sont pas forcément les moins compétentes.
Bien souvent, ce sont les plus investies.
Celles qui :

  • veulent bien faire ;

  • prennent des responsabilités ;

  • supportent davantage que les autres ;

  • ont du mal à demander de l'aide ;

  • culpabilisent lorsqu'elles ralentissent.

Pendant longtemps, ces qualités sont valorisées.
Puis un jour, elles deviennent le moteur même de l'épuisement.
Une fatigue qui déborde largement du bureau
En consultation, les patients arrivent en pensant souffrir d'un burn-out professionnel.
Puis elles découvrent progressivement qu'elles sont également :

  • l'aidante de leurs parents ;

  • le soutien émotionnel du couple ;

  • celle qui organise tout dans la famille ;

  • celui qui ne veut inquiéter personne ;

  • celui qui ne sait pas dire non.

Le travail n'est alors qu'une partie du problème.
Le coût psychique de l'hyperadaptation
Certaines personnes passent leur vie à s'adapter.
À ce que les autres attendent.
À ce qui est raisonnable.
À ce qui est utile.
À ce qui est nécessaire.
Elles deviennent souvent très performantes.
Mais parfois au prix d'un éloignement progressif de leurs propres besoins.
Le symptôme apparaît alors comme une forme d'arrêt forcé.
Comme si le corps disait enfin :
« Je ne peux plus continuer ainsi. »
Une question différente
Lorsque nous sommes épuisés, nous demandons souvent :
« Comment retrouver mon énergie ? »
Mais parfois une autre question mérite d'être posée :
« Qu'est-ce qui, dans ma manière de vivre, me conduit sans cesse à dépasser mes limites ? »
Car l'épuisement n'est pas toujours uniquement professionnel.
Il peut être relationnel.
Familial.
Identitaire.
Parfois même existentiel.

Le travail n'est alors que l'endroit où quelque chose devient visible.
Et comprendre ce qui se joue derrière le symptôme permet souvent d'éviter que l'histoire ne recommence ailleurs, sous une autre forme.

À retenir


✓ Le travail n'est pas toujours la seule cause de l'épuisement.


✓ Certaines histoires personnelles rendent particulièrement vulnérable au burn-out.


✓ Les personnes les plus exposées sont souvent les plus investies, responsables et perfectionnistes.


✓ Derrière l'épuisement peuvent se cacher des loyautés familiales, des besoins de reconnaissance ou des scénarios anciens.


✓ Changer de travail ne suffit pas toujours lorsque le véritable moteur de l'épuisement est ailleurs.
 

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Le burn-out peut aussi révéler une manière ancienne d'habiter le monde.

Certaines personnes semblent solides alors qu'elles sont intérieurement épuisées.

On peut atteindre ses objectifs et pourtant continuer à se sentir vide.

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Sophie Gouchen

Psychologue

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