
| SOPHIE GOUCHEN
Psychologue clinicienne
Psychothérapeute
Formatrice - Superviseur
Sens & orientation
Quand la réussite ne répond plus aux questions essentielles
Mots-clés
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réussite,
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sens de la vie,
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reconnaissance,
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vide existentiel,
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performance
« Quand j'aurai mon bac... »
« Quand j'aurai ma licence… »
« Quand j'aurai ma maitrise… »
« Quand j'aurai ce poste. »
« Quand j'aurai une augmentation. »
« Quand j'aurai ma maison. »
« Quand j'aurai des enfants… »
Pendant un temps, l'objectif semble donner une direction.
Il structure les efforts.
Il nourrit l'espoir.
Il permet d'avancer.
Mais une fois atteint, quelque chose d'étrange se produit parfois.
Le soulagement existe.
La satisfaction aussi.
Puis rapidement apparaît une nouvelle étape.
Un nouvel objectif.
Une nouvelle marche à gravir.
Comme si l'horizon reculait à mesure que l'on s'en approche.
Le marketing a parfaitement compris ce mécanisme.
L'iPhone 10 remplace le 9.
Puis le 11 remplace le 10.
Puis le 12 remplace le 11.
Et ainsi de suite...
Le produit ne doit jamais totalement satisfaire.
Car un désir satisfait définitivement cesse de chercher à consommer.
Notre économie repose en partie sur cette logique. Créer l'impression qu'il manque toujours quelque chose. Qu'un nouvel objet, une nouvelle expérience ou une nouvelle version de nous-mêmes nous rapprochera enfin de ce que nous cherchons. Mais cette logique ne concerne pas uniquement les objets.
Elle s'invite parfois dans nos vies, nos études, nos carrières, nos relations, nos projets. Nous avançons alors d'objectif en objectif avec le sentiment diffus que le prochain répondra enfin à quelque chose d'essentiel. Pourtant, souvent une fois la réussite obtenue, le manque se réinstalle. Non parce que la réussite est inutile. Mais parce qu'elle ne répondait pas à la véritable question.
Car derrière certains objectifs se cachent parfois d'autres attentes.
Nous pensons chercher un diplôme, de la reconnaissance, réussir professionnellement, à nous sentir légitimes, vouloir être admirés.
En réalité, nous cherchons parfois à réparer une ancienne blessure. L'enfant qui s'est senti invisible rêve parfois de devenir remarquable. Celui qui s'est senti insuffisant poursuit parfois une validation qui semble toujours lui échapper. Celui qui a grandi dans un univers où l'amour était fortement associé à la réussite peut finir par croire que sa valeur dépend de ses performances.
La réussite devient alors bien plus qu'une réussite. Elle devient une tentative de réparation. Une manière de répondre aujourd'hui à une question ancienne. Suis-je suffisamment important ? Enfin à la hauteur ?
Le problème est que ces questions ne se laissent pas résoudre aussi facilement. Car aucune promotion ne guérit définitivement un manque de reconnaissance. Aucun diplôme ne transforme magiquement l'estime de soi. Aucun salaire ne répond à lui seul à une blessure narcissique ancienne.
C'est pourquoi certaines personnes vivent une expérience déroutante.
Elles ont réussi… Objectivement réussi.
Et pourtant elles continuent à ressentir un malaise diffus. Une fatigue. Une forme de vide. Parfois même une culpabilité d'être insatisfaites alors qu'elles ont obtenu ce que beaucoup désirent.
Cette situation est particulièrement fréquente chez les personnes très adaptées.
Celles qui ont appris tôt à répondre aux attentes. À être performantes. Responsables. Fiables. Appréciées. Elles deviennent parfois extrêmement compétentes pour atteindre des objectifs.
Mais beaucoup moins pour identifier ce qu'elles désirent réellement.
À force de répondre aux attentes des autres, certaines finissent par perdre le contact avec leurs propres élans.
Faux self
Le psychologue Winnicott parlait du faux-self.
Une manière de fonctionner qui permet une excellente adaptation au monde mais qui peut progressivement éloigner la personne d'elle-même.
On devient alors ce qu'il faut être.
Sans toujours savoir ce que l'on souhaite devenir.
La question n'est donc pas de renoncer à la réussite. Ni de mépriser l'ambition. Les projets sont nécessaires. Ils nous mettent en mouvement. Ils structurent notre existence. Mais ils ne répondent pas tous aux mêmes besoins.
Certains objectifs servent à construire une vie.
D'autres servent à réparer une blessure.
D'autres encore servent à éviter certaines questions plus profondes. Et il arrive parfois qu'après avoir atteint plusieurs sommets, une personne découvre que le problème n'était pas de réussir davantage.
Mais de comprendre ce qu'elle cherchait réellement depuis le début.
Car la réussite répond souvent à la question : « Qu'ai-je obtenu ? »
Alors que les questions essentielles sont parfois ailleurs :
« Qui suis-je devenu ? »
« Qu'est-ce qui me met réellement en mouvement ? »
« Cette vie que je construis est-elle vraiment la mienne ? »
À retenir
✓ La réussite ne répond pas toujours aux questions de valeur personnelle ou de sens.
✓ Certains objectifs servent davantage à réparer une blessure qu'à construire une vie.
✓ Il est possible de réussir et de se sentir pourtant vide ou insatisfait.
✓ Le faux-self excelle souvent dans la performance mais moins dans le désir.
✓ Après la réussite, une autre question apparaît parfois : « Est-ce vraiment ma vie ?

La fatigue chronique ne trouve pas toujours son origine dans le travail.
Nos choix ne correspondent pas toujours à nos aspirations profondes.
Quand l'obligation prend toute la place, le repos devient parfois impossible.
