Corps & émotions
Le diabète : bien plus qu'une question de sucre
Mots-clés
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diabète,
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glycémie,
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contrôle,
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culpabilité,
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maladie chronique,
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psychodynamique
Le diabète est une maladie du métabolisme.
Une réalité biologique.
Médicale.
Mesurable.
Il ne s'agit pas d'une maladie psychologique.
Pourtant, au fil des consultations, une question revient souvent :
Que fait vivre psychiquement le diabète ?
Car derrière les glycémies, les traitements et les recommandations médicales se jouent parfois des expériences beaucoup plus profondes.
Des expériences qui parlent de contrôle.
De manque.
De dépendance.
De culpabilité.
De plaisir.
Et parfois même de valeur personnelle.
Le diabète possède une particularité étrange.
Contrairement à beaucoup d'autres maladies, il demande une participation constante du patient.
Observer.
Mesurer.
Calculer.
Corriger.
Anticiper.
Vérifier.
Puis recommencer.
Jour après jour.
Année après année.
Cette surveillance permanente finit parfois par prendre une place psychique considérable.
Pour certains patients, les chiffres deviennent progressivement bien davantage que des chiffres.
Ils deviennent une évaluation.
Un jugement.
Une note.
Une preuve.
Comme si la glycémie disait quelque chose de leur valeur.
Bonne glycémie. Bon élève.
Mauvaise glycémie. Mauvais élève.
Le lecteur pourrait sourire.
Pourtant, certains patients décrivent exactement cela.
L'impression de passer un examen permanent.
Comme s'il existait un carnet de notes intérieur que personne ne voit mais qui les accompagne partout.
Combien ai-je obtenu aujourd'hui ?
Ai-je bien travaillé ?
Ai-je été suffisamment sage ?
Ai-je fait ce qu'il fallait ?
Et lorsque les résultats ne sont pas bons malgré tous les efforts, une autre souffrance apparaît.
Car le diabète possède une dimension profondément frustrante.
Il ne promet jamais la perfection.
On peut compter.
Calculer.
Anticiper.
Corriger.
Faire tout ce qu'il faut.
Et malgré cela, les résultats ne sont pas toujours ceux attendus.
Pour certaines personnes, cette réalité biologique rencontre alors une vieille blessure psychique.
Je pense à une patiente qui avait grandi avec le sentiment diffus que quoi qu'elle fasse, cela ne suffisait jamais vraiment.
Les efforts étaient rarement reconnus.
Les réussites peu valorisées.
L'amour semblait parfois conditionné à la performance.
Le diabète est alors venu rencontrer un terrain déjà sensible.
Comme si la maladie répétait inlassablement le même message :
« Tu peux faire tout ce qu'il faut, ce ne sera jamais parfait. »
Bien sûr, ce n'est pas la maladie qui crée cette blessure.
Mais elle peut parfois lui servir de caisse de résonance.
Le diabète confronte également à la question du manque.
Situation clinique:
Une petite fille diabétique reçue en consultation avait discrètement rempli ses poches avec les pierres décoratives du cabinet.
Plus tard dans la journée, elle tenta même de repartir avec plusieurs bijoux aperçus dans un magasin.
On pourrait y voir un simple comportement d'enfant.
Peut-être.
Mais il est difficile de ne pas être frappé par la thématique psychique qui apparaît parfois chez certains jeunes patients : prendre, garder, accumuler, remplir.
Comme si la maladie venait rencontrer des questions très précoces autour du manque, de la privation ou de la frustration.
Comme si l'on cherchait parfois ailleurs ce qui ne peut être pris librement ici.
Le rapport au plaisir est lui aussi profondément remanié.
Une autre patiente racontait qu'elle compensait souvent son impossibilité de manger certains aliments sucrés par de grandes quantités de fromage.
Comme si le psychisme cherchait un détour.
Un compromis.
Une manière de préserver malgré tout une forme de consolation.
Le plaisir interdit revient parfois par d'autres portes.
Car l'être humain supporte difficilement les privations absolues.
Le diabète pose aussi la question de la faute.
Combien de patients arrivent en consultation en annonçant leurs résultats comme un aveu ?
Avec parfois la même tonalité qu'un enfant montrant un mauvais bulletin scolaire.
Ils se justifient.
Expliquent.
S'excusent presque.
Comme si la glycémie était devenue un verdict moral.
Comme si un chiffre élevé signifiait :
« J'ai été mauvais. »
Alors qu'il ne signifie souvent qu'une chose :
« Je suis humain. »
Chez certains patients, le corps médical peut également occuper une place particulière.
Les consultations.
Les contrôles.
Les recommandations.
Les rappels.
Les consignes.
Tout cela peut parfois réactiver d'anciens vécus liés à l'autorité parentale.
Certains se sentent surveillés.
Évalués.
Contrôlés.
D'autres cherchent au contraire à devenir les meilleurs élèves possibles.
Comme s'ils espéraient enfin obtenir une validation qui leur a longtemps manqué.
Le corps lui-même peut devenir un lieu complexe.
Un lieu de dette.
Un lieu de charge.
Certains patients parlent de leur maladie comme d'un poids qu'ils imposent à leurs proches.
Ils culpabilisent d'avoir besoin.
D'être aidés.
D'être accompagnés.
Comme si leur existence coûtait quelque chose aux autres.
Enfin, chez certaines femmes, le diabète vient parfois rencontrer des questions liées au féminin.
Le rapport au plaisir.
À la gourmandise.
À la maîtrise de soi.
Au corps.
À la maternité parfois.
À l'image de soi.
Comme si l'exigence de contrôle imposée par la maladie entrait parfois en tension avec le désir de spontanéité, de relâchement ou de douceur envers soi-même.
Peut-être est-ce finalement ce qui rend le diabète psychiquement si particulier.
Il ne confronte pas seulement à la question du sucre.
Il confronte à certaines des expériences humaines les plus fondamentales, entre autres :
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Le manque, la frustration, et la spontanéité, ne pas toujours prendre ce que l'on désire, quand on le désire. Pour certains, cette réalité vient réveiller d'anciens vécus de privation, d'attente ou d'insatisfaction.
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La dépendance, nous ne sommes jamais totalement autonomes, mais dans ce cas, dépendre d'une vigilance constante, peut être ressenti comme une profonde atteinte au sentiment de liberté.
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La limite, revient parfois à faire l'expérience du renoncement, à certaines habitudes, à certaines spontanéités, à l'illusion que tout est toujours possible, et de traverser ce deuil. Nous aimons nous penser indépendants. Maîtres de notre corps, de notre destin. La maladie vient parfois fissurer cette illusion. Elle rappelle que nous sommes des êtres de besoins, des êtres de dépendance et de limites.
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Le contrôle et le plaisir: Que manger ? combien ? Le rapport à l'alimentation peut cesser d'être spontané. Ce qui relevait autrefois du plaisir peut devenir un objet de réflexion permanente. Certaines personnes vivent très bien les règles et cette écoute du corps du fait de la maladie comme une manière de se recentrer sur ses besoins fondamentaux. D'autres les supportent difficilement. Pour celles et ceux qui ont grandi dans un univers contrôlant, exigeant ou intrusif, les contraintes imposées par la maladie peuvent parfois réveiller d'anciennes sensations de contrainte.
Et cette vérité parfois difficile à accepter : nous ne maîtriserons jamais totalement ni notre corps, ni notre vie.
Et c'est peut-être précisément là que commence un autre travail.
Celui qui consiste à passer progressivement d'une logique de perfection à une logique de relation.
Ne plus chercher à être un bon ou un mauvais élève de sa maladie.
Mais apprendre à habiter son corps avec davantage de compréhension et d'humanité.
À retenir
✓ Le diabète est une maladie biologique qui possède aussi des répercussions psychiques importantes.
✓ Il confronte quotidiennement aux questions de contrôle, de frustration et de dépendance.
✓ Les chiffres de glycémie peuvent parfois devenir un véritable système d'évaluation intérieure.
✓ Le rapport au plaisir, à la faute et à la perfection est souvent profondément remanié.
✓ Apprendre à vivre avec le diabète implique parfois de renoncer à l'illusion du contrôle total

Le corps exprime parfois ce que les mots ne parviennent pas à dire
Le corps et la vie psychique entretiennent des liens complexes.
Le corps peut parfois porter une fatigue qui dépasse le simple effort.

